Publié le 07/05/0043

Focus sur les actions menées sur l'île de la Martinique

Par Christelle BERANGER et Pauline BASCOLE - PNR Martinique

L’île de la Martinique compte 11 espèces de chiroptères. Véritables témoins d'une biodiversité remarquable sur cette île des Petites Antilles, elles représentent 100% des mammifères indigènes de l'île. Avec des régimes alimentaires variés et plus ou moins spécialisés, certaines espèces jouent un rôle essentiel dans la régénération forestière (nectarivores et frugivores) ou encore dans la limitation des populations d'invertébrés (insectivores).

Ainsi, la Martinique abrite :

Une espèce endémique stricte du territoire martiniquais :

le Murin de la Martinique (Myotis martiniquensis, Laval, 1973)

Cinq espèces endémiques des Petites Antilles :

Monophylle des petites Antilles (Monophylus plethodon, Miller, 1900)
Ardops des petites Antilles (Ardops nichollsi, Thomas, 1891)
Natalide Isabelle (Natalus stamineus, Gray, 1838)
Sturnire messager (Sturnira angeli, Torre, 1966)
Brachyphille des cavernes (Brachyphylla cavernarum, Gray, 1834)

Cinq espèces à répartitions plus larges :

Fer de lance (Artibeus jamaicensis, Leach, 1821)
Ptéronote de Davyi (Pteronotus davyi, Gray, 1838)
Noctilion pêcheur (Noctilio leporinus, Linnaeus, 1758
Tadaride du Brésil (Tadarida brasiliensis, Geoffroy Saint-Hilaire, 1824)
Molosse commun (Molossus molossus, Pallas, 1766)

Les études menées par la SFEPM en Martinique, pendant 25 ans, ont permis de mieux connaître leur aire de répartition et surtout de recenser une partie des gîtes utilisés par ces dernières. Depuis 2016, le Parc naturel de la Martinique PNRM mène un travail de connaissance, de médiation et de sensibilisation sur ces espèces auprès des acteurs locaux. Ainsi, depuis plusieurs années les agents du PNRM ont pour objectifs de recenser régulièrement les effectifs de populations dans les anciens ou nouveaux gîtes. Une base de données a été créée à cet effet afin de pouvoir suivre la dynamique des populations dans ces gîtes, notamment pour hiérarchiser l’ensemble des sites et ainsi définir les sites prioritaires et la fréquence de suivi de ces derniers.

            Le PNRM met également en place un  travail de valorisation, de médiation et de sensibilisation autour de ce taxon. Depuis 2016, les agents du PNRM vont à la rencontre des particuliers et des professionnels afin de répondre à un certain nombre de questions sur ces espèces. Le PNRM fait office d’outils de conseil concernant les chiroptères en proposant des solutions pour une meilleure cohabitation entre l’Homme et la faune sauvage.  Le PNRM effectue également des interventions auprès des scolaires et du grand public pour valoriser et sensibiliser à la protection des chauves-souris.  En s’appuyant sur l’exposition dédiée aux chauves-souris, une présentation de leur écologie, de la diversité spécifique et des enjeux liés à leur préservation est réalisée.

Actuellement, nous connaissons 49 gîtes sur le territoire qui sont suivis à différents niveaux de fréquences selon l’importance chiroptérologique qui leur a été attribuée. 20 sont suivis mensuellement ou trimestriellement par les agents du PNRM. Cette régularisation des suivis nous permet actuellement d’obtenir des informations sur la phénologie, le comportement des espèces, les menaces qui pèsent sur les gîtes afin de mettre en place des mesures de conservation à court ou long terme.

Ci-dessous, la fréquence de recensement des gîtes suivis par les agents du PNRM entre 2017 et 2019 et le pourcentage de répartition des espèces dans ces différents gîtes.

 

Cette régularisation des suivis nous permet actuellement d’obtenir des informations sur la phénologie et le comportement des espèces. Seulement trois gîtes sont connus actuellement pour l’espèce endémique de l’île. Des variations d’effectifs de populations lors de certains passages nous permettent de traduire du bon ou du mauvais état écologique de l’espèce mais également l’intérêt chiroptérologique du site. Ainsi nous pouvons interpréter certains résultats obtenus. Actuellement, la population du Murin de la Martinique dans un gîte suivi fréquemment est estimée à environ 300 individus. Une nouvelle donnée sur la reproduction de l’espèce a été apportée grâce au suivi de ce gîte. En effet des juvéniles ont été recensés au début du mois de mars 2021 sur environ un quart de la population.

Ci-dessous, nous pouvons visualiser l’évolution de l’effectif de population du Noctilion pêcheur dans un ancien Four à Chaux durant l’année 2018. Cette espèce de chauve-souris, est la plus grosse de la Martinique et également la seule aillant un régime alimentaire piscivore.  

Merci à Maurice MIAN, Bruno CABREIRA et Samuel ATTIDORE pour la collecte de données, ainsi qu'au groupe Outre-mer de la SFEPM qui a relevé de nombreuses données avant celles du PNRM, qui sont utilisées pour les graphiques.